Le report des Jeux Paralympiques : les questions que l’on se pose

Le report des Jeux Paralympiques : les questions que l’on se pose

Appelé par de nombreux athlètes et de nombreuses fédérations nationales, le report des Jeux Olympiques et Paralympiques de Tokyo a été annoncé, avec l’accord du CIO, par le Japon. De nombreuses questions restent encore sans réponses, comme la date du report ou bien encore la gestion des qualifications. L’Encre Battue donne la parole aux joueuses et aux joueurs pour tenter d’y répondre. 

Le report de la 32ème édition des Jeux Paralympiques était-il la seule solution ? 

Oui. La pression sur le Comité International Olympique se faisait de plus en plus forte ces derniers jours et ce n’est pas l’annonce, faite par un des membres de l’institution, d’une prise de décision repoussée à dans 4 semaines, qui l’a atténuée. Le maintien des Jeux Olympiques et Paralympiques à cet été 2020 devenait quasiment impensable quand on observe l’état de paralysie dans lequel se trouve le monde entier. « Je trouve cela très raisonnable et normal de reporter les Jeux bien sûr » concède Charlotte Famin, avant d’ajouter « aucun risque ne peut être pris pour les athlètes et pour le public ». Gaëtan Menguy, n°3 français, partage cet avis : « je pense que c’est la décision la plus sage qui va permettre, je l’espère, de continuer à revenir aux valeurs essentielles, de guérir nos blessures, qu’elles soient physiques, mentales ou spirituelles. Tout est une question de perspective ». 

Entre le souci d’équité, les problèmes liés aux athlètes pas encore qualifiés, les obstacles étaient immenses pour le CIO. Pour les sportives et les sportifs, ils vont enfin pouvoir relâcher la pression et se dire qu’ils auront tout le temps de se préparer correctement pour un tel événement. 

A quelles dates auront lieu les Jeux Paralympiques ? 

Pour l’instant, la date officielle du report n’a pas encore été communiquée. Le Japon a jusqu’à la fin de l’été 2021 pour organiser l’événement et tout laisse à penser qu’ils opteront pour un report tardif. L’hiver au Japon est rude et marqué par de violents typhons, la Coupe du Monde de rugby en 2019 nous l’a rappelée. « J’imagine que automne 2020, cela va être compliqué. Cela va dépendre de la durée de l’épidémie » note Emmanuelle Mörch, qui mise plutôt sur une tenue des Jeux Paralympiques à l’été 2021. D’un point de vue sportif, l’été 2021 paraît être la meilleure option même si la question de l’équilibre financier et économique du Japon sera un des critères de choix. Il faut aussi jongler avec le calendrier de toutes les compétitions internationales qui devaient avoir lieu à cette date- là et qu’il faudra probablement reporter. 

Quoi qu’il en soit, en ces temps difficiles la priorité pour tous les athlètes n’est pas sportive mais sanitaire. «  Notre humanité traverse une crise mondiale qui aura de lourdes conséquences et qui nous dépassent sans aucun doute. C’est une opportunité unique pour contempler nos vies, notre lumière intérieure. C’est le moment de rester ensemble et uni, de retrouver du sens au temps et aux petites choses de la vie » résume Gaëtan Menguy qui se considère comme un chanceux d’être entouré par sa fille et sa femme dans ces temps difficiles. 

Comment la ITF va gérer la difficile question des qualifications ? 

Le tennis fauteuil est l’un des sports qui n’avait pas encore livré son verdict sur les qualifiés pour les Jeux. Ces derniers auraient dû être connus, au plus tard, début juillet. Seuls quelques athlètes, par l’intermédiaire des Jeux Para-Pan Américain notamment, s’étaient qualifiés pour Tokyo. L’option la plus probable est que la ITF relance une course qualificative en remodelant le calendrier de sélection. L’année passée, elle avait commencé au 1er juin pour se terminer à la même date en 2020. Un tel scénarii est envisageable puisque la reprise de la compétition est, pour le moment, prévue pour le 8 juin. « J’imagine qu’il va falloir repartir pour une année de qualification à partir de juin. Cela veut dire repartir à la « chasse aux points » comme on l’appelle à chaque année olympique » estime la n°2 française qui tente de positiver. Gaëtan Menguy, lui, attend avec impatience les annonces de la ITF pour se préparer en conséquence : « j’attends maintenant les différentes réponses aux questions restant en suspens comme la date exacte du report et les nouvelles conditions de qualifications. Suite à ces annonces, nous pourrons remettre en place un planning de tournois et d’entraînements ».

Les critères de classification instaurés par la ITF seront-ils enfin respectés ? 

La nouvelle classification, instaurée par la ITF mais qui devait prendre effet en janvier 2021, va t’elle être enfin respectée ? Cette classification est censée contrôler plus sérieusement et drastiquement les handicaps de chaque joueuse et de chaque joueur. Les critères sont assez flous mais beaucoup semble t’il plus contraignants. Ainsi, de nombreux joueurs comme Alfie Hewett, Jef Vandorpe ou encore Dermot Bailey devraient ne plus avoir l’autorisation de disputer des compétitions internationales à partir de 2021. De nombreux autres joueurs avaient exprimés leur mécontentement de ne pas voir appliquer la règle immédiatement, sous prétexte que les Jeux de Tokyo arrivaient cette année.  La ITF pourrait-elle à nouveau reculer et laisser une année de plus aux joueurs concernés ? On ose espérer que non, mais rien n’est moins sûr avec cette institution qui ne cesse de nous surprendre, année après année. 

Quel impact sur les françaises et les français ? 

Il ne sera pas le même pour tous. Charlotte Famin qui avait annoncé qu’elle arrêterait après les Jeux de Tokyo dit avoir besoin de temps pour réfléchir. Pour les autres françaises, la situation ne change pas grand-chose. Emmanuelle Mörch, qui était bien placée pour participer à une 2nd édition après celle de Rio malgré une année compliquée, prend cette situation avec philosophie : « Il faut repartir à zéro mais c’est une chance de faire mieux, de progresser encore plus et d’arriver encore plus sereine aux Jeux de Tokyo. Cela paraît plutôt bénéfique ». Pour Charlotte Fairbank qui avait peu de chances de participer à Tokyo en tant que 3ème française, le report ne peut que être positif pour elle qui n’a commencé le tennis fauteuil que depuis 3 ans. 

Charlotte Fairbank

Du côté des hommes, ils étaient quatre à être en bonne position pour participer aux Jeux : Stéphane Houdet, Nicolas Peifer, Frédéric Cattaneo et Gaëtan Menguy. D’un point de vue sportif, le report d’un an n’aura pas une grande incidence sur eux car ils auront toutes les chances de posséder encore le classement nécessaire pour se qualifier. Stéphane Houdet, qui aura 51 ans en 2021, voit ce report comme une chance pour pouvoir soigner son dos douloureux. Pour Gaëtan Menguy, cela ne « change rien à (son) désir de participer aux prochains Jeux », il voit même cette situation comme « une magnifique chance d’avoir plus de temps pour continuer à me structurer et me préparer avec mon staff ». Finalement, tout dépendra de la manière dont les sportives et sportifs vont appréhender ce temps de pause et ce report des Jeux Paralympiques. La route vers Tokyo s’annonce un peu plus longue que prévue.  

Auteur: Valentin Desanges

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